D’un marais à l’autre en pays de Retz et nord Marais breton

D’un marais à l’autre en pays de Retz et nord Marais breton, par l’Union des syndicats des marais du Sud-Loire, Mireille Loquais, avec la contribution d’Édouard Boutet, Brigitte de La Brosse et François Forest. Nantes : Coiffard, 2021 (248 p., ill., cartes, 27,5 €).
Ici, les paysages sont souvent lunaires. Tantôt irréels, parfois intrigants, ils demeurent le plus souvent apaisants. L’évocation des marais réunis du Pays de Retz et de Nord-Bretagne commence certes par un cours de géographie. Au sud de la Loire-Atlantique, et débordant quelque peu sur la Vendée voisine, sur plus de 20 000 hectares, la terre s’unit à l’eau, le sable accueille les herbages et les pâturages… Mais ce voyage est aussi une leçon d’histoire. Il nous emmène à la rencontre d’hommes et de femmes admirables qui, au fil des siècles, ont su assainir cet espace. Ils ont su en tirer profit au travers de la chasse, la pêche, l’ensemencement de prairies, l’installation d’élevages. Le rôle nourricier du Marais a depuis longtemps été consacré. De même, sa contribution à la diversité environnementale a été maintes fois soulignée. Cela n’est que justice, tant cette étendue protège des espèces rares en matière de flore et de faune. Mais pour combien de temps encore, et avec quels acteurs ?
Ce n’est pas le moindre mérite de l’ouvrage collectif  D’un Marais à l’autre en Pays de Retz et Nord Marais breton que d’aborder de front ces questions. Le livre a été publié à l’initiative de l’Union des syndicats des Marais du Sud-Loire. Comme le remarque très justement son président François Forest dans son mot de présentation, «  jusqu’ici, différentes actions humaines, notamment l’élevage herbager, permettent de sauvegarder cet espace. Sans ces activités ancestrales, le Marais ne serait plus. » Or cette vaste zone naturelle se révèle tout simplement cruciale pour les populations urbaines des Pays de Loire. Une moitié de l’année, elle leur sert de zone tampon des bassins versants. Le reste du temps, elle apparaît comme une précieuse réserve d’eau douce. Mais pour cela, il faut une présence humaine.
Si la profession agricole finit par être ensevelie sous ses difficultés incessantes, il ne restera plus grand monde pour assurer la mission indispensable d’entretenir les chemins et les fossés au quotidien. Sans parler de la disparition de savoir-faire locaux nés de l’accumulation de gestes ancestraux. Et bien sûr, quid de la fonction nourricière des éleveurs ? Pour illustrer la complexité de l’enjeu, en même temps que la beauté de cette réalisation à la fois naturelle et humaine, la plus grande diversité de compétences interviennent tout au long de l’ouvrage : géologues, hydrologues, guides naturalistes, juristes, techniciens, botanistes, historiens. Mais cette somme d’érudition ne doit pas rebuter le lecteur, car une récompense l’attend. Son iconographie est tellement riche, en particulier en photos animalières, que l’ouvrage savant pourrait tout aussi bien être rangé dans la catégorie des beaux livres.
François Le Brun