Introduction à l’histoire des Celtes

Cunliffe Barry (auteur), Galliou Patrick (trad.) Introduction à l’histoire des Celtes, Morlaix, Skol Vreizh, 2026 (205 p., ill. en coul., 20 €).

L’auteur, professeur émérite d’archéologie européenne, étudie depuis plusieurs dizaines d’années le monde antique et celte, qu’il a enseigné à l’université d’Oxford. Sa vingtaine d’ouvrages montrent l’étendue de ses recherches et de son savoir qu’il aime transmettre au plus grand nombre. L’Introduction à l’histoire des Celtes est la réédition en français de l’ouvrage paru en anglais en 2003, avec des additions fort bienvenues.

En 16 chapitres synthétiques, Barry Cunliffe aborde presque tous les thèmes de la recherche archéologique sur le sujet, que ce soit par les fouilles ou par les textes, pour arriver à donner vie à nos lointains ancêtres. Nous nous proposons de diviser ces chapitres en quatre parties : le point sur l’archéologie, la langue – le langage – la culture, les interactions entre Celtes, et l’identité d’hier et d’aujourd’hui.

La première partie passe en revue l’étymologie des Celtes, l’archéologie et la relation des auteurs grecs et romains à leurs voisins celtes. Tout d’abord, ce sont les Celtes eux-mêmes qui se sont nommés ainsi. Ces « peuples spécifiques » (p. 19) occupaient le centre de la Gaule dès le VIe siècle avant J.-C. Mais Celtes et Gaulois étaient peut-être des entités distinctes que l’archéologie et surtout l’archéogénétique commence doucement à éclaircir. Un essaimage vertical et horizontal des Celtes sur la façade atlantique, du sud de l’Espagne au nord des îles Britanniques est avéré et les échanges commerciaux bien établis, notamment celui des métaux. La mer a joué un rôle crucial dans la création de liens entre communautés pourtant éloignées. Les élites se connaissaient et partageaient le même système de valeurs. Au Ve siècle avant J.-C, les Celtes implantés dans les régions de la Marne ont eu une croissance démographique spectaculaire, au point d’amorcer de vastes mouvements de populations jusqu’en Anatolie. La présence celtique en Asie Mineure « perdura pendant près de trois siècles, de leur arrivée en 279 av. J.-C. jusqu’au milieu du Ier siècle apr. J.-C., époque où saint Paul rédigea son épître aux Galates, nom que l’on donnait généralement à ces communautés celtiques » (p. 64). C’est sans doute un point méconnu de leur histoire. Des cartes précises, des objets découverts et des passages de textes antiques viennent à l’appui de la démonstration. Les descriptions des Celtes par les Gréco-Romains ne sont pas toujours à leur avantage et souvent réduites à leur caractère guerrier et leur tendance à l’ivrognerie (p. 21). Mais ces traits de caractère servent surtout l’honneur de leurs ennemis.

Les chapitres suivants sont liés à la langue celte et au partage de valeurs. Ils communiquaient, certes dans des idiomes et dialectes divers, mais appartenaient au même groupe linguistique (p. 67). Étant donné la complexité des analyses, les linguistes sont toujours à l’œuvre pour trouver des accroches sémantiques irréfutables. Un diagramme d’apparition et de développement des langues celtiques résume bien l’avancée des recherches (p. 71). Le breton fait partie de ces langues encore usitées, lui-même émanation du gaulois éteint. D’autre part, les valeurs communes sont peut-être l’essence même de la cohésion d’un peuple. Aujourd’hui, le peu de culture matérielle ne permet pas pour l’instant de trancher en faveur d’une unité de valeurs propre. Les institutions et les lois inhérentes n’ont pas de continuité spatio-temporelle, mais forment de grands ensembles ressemblants. Cela dit, la culture laténienne est un ensemble documenté et cohérent (p. 92), qui laisse tout de même une part aux rêves.

La confrontation entre les mondes gaulois et romains a fini par tourner en faveur des seconds, sans toutefois éliminer les langues et quelques éléments de la culture. La Bretagne péninsulaire n’y a pas échappé1

Enfin, la dernière partie s’attache à développer l’esprit de celticité. Celle-ci a commencé par la publication par Jean Le Fèvre du livre Les fleurs et Antiquité des Gaules en 1534 pour aboutir en 1867 à Saint-Brieuc au premier congrès celtique sous la houlette de Théodore Hersart de La Villemarqué et qui se réunit tous les ans. D’autres initiatives pour la connaissance celtique suivront et l’actuel Festival Interceltique de Lorient en est la continuité folklorique, regroupant tous les pays revendiquant une part de culture celtique. L’auteur n’oublie pas de mentionner le rôle important de l’Association Bretonne, puis celui de l’Union régionaliste bretonne qui fut intégrée à la première. Il est bon de rappeler que les peuples sans mémoire sont des peuples sans avenir.

Cet ouvrage est d’une grande clarté, didactique, et répond parfaitement à la problématique du titre, celle d’une introduction accessible, mais néanmoins érudite. Le résultat est un condensé actualisé des connaissances du « sujet celtique », des origines à nos jours. Un glossaire et un index complet permettent une recherche simplifiée et clarifiée. Édité en petit format (21.5 cm X 13 cm), il n’en reste pas moins complet et idéalement ponctué de cartes et illustrations. Seul petit bémol, la bibliographie est exclusivement en anglais. Nous pourrons enrichir les enseignements de ce livre avec ceux de Jean-Louis Brumaux, Patrice Brun, Danieli Vitali et bien d’autres.

Hubert Delorme

1. Nous pouvons nous reporter au livre de Jean-Yves Éveillard, Romains d’Armorique, Morlaix, Skol Vreizh, 2024, qui aborde la période gallo-romaine, dont le compte-rendu est ci-contre.